مركزتيفاوت الإعلامي
Par Idder Idji
L’association Twiza a inscrit cette année sa 10ème
édition du festival Twiza sous le slogan « l’Afrique aux africains »,
du 14 au 17 Août 2014, ce qui a permis aux intervenants et au public venu
nombreux de s’interroger et de se
laisser questionner, sur le passé, le présent, et le devenir en tant
qu’africains et amazighs. Le Festival Twiza a
inauguré cette édition par une conférence
sous le thème « Amazighité, Afrique, enjeux identitaires ».
On attribue au grand roi Amazigh de la Numidie, Massinissa, la formule
restée célèbre : "l’Afrique appartient aux Africains". Le nom « Afrique » proviendrait du mot amazigh Taferka qui
signifie terre, qui a donné « africanus » en latin. Selon d'autres
chercheurs, le mot Afrique provient de la tribu amazighe des Ayt Ifren,
dont l'ancêtre est appelée aussi Afer.
Ce sont les Romains qui ont utilisé « Africa » pour nommer, au départ, la
Numidie, région amazighe du nord de Tamazgha.
Selon Michèle Fruyt, le terme Africa est apparu dans les
langues européennes par l'intermédiaire des Romains qui
désignait la partie nord du continent car, africus qualifiait
le vent pluvieux provenant de la région de Carthage. Ce nom sera étendu, au Moyen Âge, à la totalité de la
région située au sud de la Méditerranée. Longtemps , le terme Afrique n'a servi qu'à désigner l'Afrique du Nord à dominante amazigh (sauf l’Egypte), le sud était appelé Éthiopie. Puis le mot évoluera par la
suite, puisqu’il finira par devenir le nom de tout un continent, le continent
africain, l’Afrique. Le mot Afrique, plus tard, sous
l’influence arabo-islamique, nous échappera, nous africain du nord. Nous désignerons
souvent par africains, les populations subsahariennes et nous nous désignerons nous même par le mot
Maghreb arabe ou grand Maghreb, les européens en fera de même d’ailleurs. Le
plus choquant, c’est l’identité énoncée dans la dernière constitution
marocaine où il est stipulé que : « l’unité du Maroc est
forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazigh et
saharo-hassani, et nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou,
hébraïque et méditerranéen ». Avons-nous changé de continent ou y a-t-il
eu une dérive des continents entre temps pour qu’on nous parle d’affluents
africains arrivés chez nous??? Mais les choses sont claires quand on trouve
plus loin cette phrase qui exprime le souhait d’approfondir notre appartenance
à la Oumma arabe et islamique !!! Et le souhait de consolider nos
relations avec les pays d’Afrique ! Nous constaterons aussi que l’identité
amazighe du pays est citée après la composante arabo-islamique, bien qu’elle
soit le socle même de ce pays. Notre Afrique, continent couvrant
7 % de la surface terrestre. Avec plus de 1,1 milliard d'habitants
représente 16 % de la population mondiale. Depuis l'accession à
l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, l 'Afrique compte 54 États souverains. L'Afrique,
berceau de l’humanité est le continent le plus ravagé par les conflits. Selon
l’Atlas stratégique 2008,
sur 41 conflits graves répertoriés dans le monde, 16 sont situés en Afrique.
Ces conflits en Afrique sont des: conflits dits « ethniques »
dont les causes de certains sont attribuées au tracé colonial des frontières, conflits
dits « politiques » du au fait que les intérêts des dirigeants
passent avant ceux des populations, conflits dits « sociopolitiques »
dus à cette extrême pauvreté; et des guerres civiles aux enjeux internationaux.
Quant est-il du terme
Amazigh ? Le mot AMAZIGH, longtemps banni du langage et réprimé par
les pouvoirs en place a eu du mal à faire sa place durant les derniers siècles.
Appelés communément Berbères, les amazighs,
ne se sont jamais désignés eux-mêmes par ce nom. Ce sont les anciens Grecs, qui
ont créé dans leur langue le mot « barbaros », pour désigner tous les
autres peuples, y compris les Romains, où ils ne voyaient que des êtres
grossiers et primitifs. Mais, jusqu’au début du XIXème siècle les Européens en
général utilisaient pour parler de l’Afrique du Nord ce même terme. En
français, la forme « Berbère » avait déjà commencé à se substituer à
la forme Barbare vers la fin du XVIIème siècle. C’est de là aussi que semble
venir la forme Berbero commune à l’espagnol et à l’italien. Mais pourquoi ce
vocable a-t-il subsisté aussi longtemps ? C’est qu’au VIIème siècle, les
envahisseurs arabes de ce qu’on nomme actuellement le grand Maghreb ont
emprunté le terme Barbarus aux Byzantins qui nous considéraient, comme étant
leurs ennemis. Aucun Amazigh pourtant n’a jamais utilisé ce terme pour se
désigner, ils se sont désignés depuis le début comme étant Amazighe,
c’est-à-dire, étymologiquement, un homme et femme libre et noble à la fois. Peuplant
un territoire immense, allant de la vallée du Nil jusqu'à
l'océan Atlantique et l'ensemble du Sahara où ils fondèrent de puissants
royaumes, formés de tribus confédérées, les Imazighen, pluriel du mot
amazigh ont pour langue
« Tamazight ». Aujourd’hui, on ne
peut que reconnaître la douloureuse réalité du fractionnement géographique du
monde amazighe. La principale cause de ce fractionnement est d’ordre historique
: l’islam a entraîné l’arabisation de pans entiers de la société berbère, et
amené des générations successives d’Amazighes à se dire, et souvent à se vouloir
arabes. Ce fractionnement est dû ensuite au fait que le colonialisme français a
tracé la plupart des frontières des Etats africains riverains du Sahara, sans
le moindre égard pour les différences ethniques. De cela, il a résulté que les
amazighs, sont de plusieurs nationalités. Ils sont principalement marocains et
algériens, mais aussi libyens, tunisiens, mauritaniens, maliens, nigériens,
bourkinabés, ou même tchadiens. Aujourd’hui, il existe une importante diaspora
amazighe bien implantée, en Espagne, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, et
en Belgique, et de plus en plus au Canada et aux Etats-Unis. Discrimination,
racisme, marginalisation appauvrissement, spoliation de leur terre et déperdition
de leur langue et culture amazighes, d’un pays à l’autre les conséquences sont
les mêmes, mêmes si les différences de contexte sont quelquefois différentes.
Après un vibrant hommage rendu à la militante amazighe
Meryam Demnati et au militant Mohamed Chami pour tout le travail accompli
durant des décennies pour la cause amazighe, la table ronde présidées par nos
deux professeurs autour du thème “Amazigh,
Afrique : Enjeux identitaires”, a permis de faire l’état des lieux de certaines
régions de Tamazgha. Le Mzab dans le sud algérien, l’Azawad, la Tunisie,
les Pays bas, et bien sûr le Maroc. La rencontre a donc eu le plaisir de
recevoir, Kamelddine Fekhar, médecin et activiste dans le domaine des droits
humains venu tout droit du Mzab, territoire amazighophone, située dans la wilaya de Ghardaïa, à 550 km au sud d'Alger où des
évènements tragiques ont eu lieux ces derniers mois. Depuis plusieurs
mois, des bandes de pillards organisées continuent de terroriser la
population : assassinats, agressions, pillages, incendies; tout cela avec
la complicité des forces de l’ordre qui n’hésitent pas leur donner un coup de
main contre la population mozabite (plusieurs vidéos confirment cela). Après
l’assassinat de la dernière victime Mass Hamidoudjana Hocine en Juillet jeudi 2014,
aucune arrestation n’a été faite, bien au contraire, les forces de la
gendarmerie ont encerclé, réprimé, terrorisé et asphyxié la population avec des
bombes lacrymogènes, incendiant et saccageant au passage des maisons et des
voitures et effectuant des arrestations arbitraires dans le but d’intimider.
Depuis le début des évènements, la complicité étroite des forces de l’ordre
avec les hordes de pilleurs et d’agresseurs, n’a jamais fait de doute. Le deuxième
intervenant, Moussa ag Taher, est le porte parole officiel du MNLA, mouvement
national de libération de l’Azawad, dont la population continue à vivre une
situation intolérable depuis l’époque des indépendances. Le MNLA prend à témoin les instances internationales de
la situation de guerre imposée par
l’armée malienne, et ce, en dépit de ses engagements internationaux et des
accords préliminaires de Ouagadougou. Il tient à signaler qu’il fait
l’objet d’une vaste campagne de désinformation et de dénigrement visant à
assimiler son combat légitime à des groupes de terroristes. Il tient également
à réaffirmer à l’opinion internationale qu’il a toujours œuvré dans le sens de
la confirmation du droit des êtres humains à disposer librement d’eux-mêmes, à
vivre dans la dignité et à jouir de tous leurs droits naturels, et ce,
conformément au droit à l’autodétermination consacré par les Nations Unies.
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Quant
à la troisième intervenante, Stéphanie Poussel,
chercheure associée à l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain à Tunis,
elle a fait part de son travail fait notamment sur la politisation des identités culturelles au Maghreb et sur les
enjeux politiques des langues au Maroc et en Tunisie. Abderrahman El Aissati, quatrième
intervenant, originaire du Rif, chercheur à l’Université de Tilburg du
Department of Culture Studies dans les Pays bas, a fait part de son expérience
dans le mouvement amazighe hollandais et dans la
chaine de télévision Amazigh TV (locale dans les grandes villes des Pays-Bas)
et sur internet qu’il a fondé en 2006. Pour conclure, Mass Mohamed Boudhan, activiste amazigh, directeur
du regretté mensuel amazigh « Tawiza », connu
par sa déconstruction de nombreuses fausses idées en vogue au Maroc sur la
langue; la culture; l'histoire; l'arabisation; l'arabité, l'amazighité, nous a fait part
quant à lui de l'idée de l'identité débarrassée de sa connotation raciale
erronée pour en faire une notion à contenu territorial et géographique qui
renvoie, non pas à la race et la descendance généalogie, mais au
territoire où vit la communauté humaine concernée, d'où elle tire sa véritable
identité, quelque soient les origine raciales des membres de cette communauté.