Certes, Etisalat a fait la démarche auprès du CDVM, conformément à la loi régissant les opérations de capital des sociétés cotées. Mais, à la grande surprise du marché, le gendarme de la bourse a été chercher une autre loi, relative aux offres publiques sur le marché boursier pour rejeter cette demande.
Ce rejet de l’OPA d’Etisalat, non seulement prive les actionnaires minoritaires de l’occasion de se dessaisir de titres Maroc Telecom à un prix attrayant, même si l’on sait qu’il s’agit d’une action de fond de portefeuille détenue surtout par des institutionnels, mais suggère que cette option de l’OPA ne faisait pas partie du deal parce que n’étant pas dans l’intérêt du Maroc.
Tout d’abord, il est clair que si Etisalat devait ramasser le flottant en bourse de l’entreprise dont elle vient d’acquérir la majorité du capital, elle n’aurait eu aucun mal à entrevoir l’éventualité de retirer Maroc Telecom de la cote, causant ainsi un grand dommage au marché financier marocain où l’entreprise dirigée par Abdeslam Ahizoune est la plus grosse capitalisation boursière.
Mais, de plus, il semblerait que derrière ce transfert de capital, il y ait un pacte d’actionnaires entre l’Etat marocain et l’opérateur émirati.
En effet, on ne peut s’empêcher de s’interroger d’abord sur le fait que Etisalat a acquis la majorité du capital tout en laissant la gestion à l’équipe managériale marocaine. On supposera que cela n’est que la reconduction du pacte d’actionnaires qui liait Vivendi à l’actionnaire étatique national. Pourtant Etisalat est lui-même un opérateur de télécommunications connu et reconnu.
Mais ce qui conforte l’hypothèse du pacte d’actionnaires pour l’instant secret, c’est que l’émirati a “cédé” ses filiales africaines à Maroc Telecom. Il reste à savoir si le montant de cette cession, soit six cents millions de dollars, ne fait pas en réalité l’objet d’une opération de participations croisées, ce qui éviterait à Maroc Telecom de débourser une telle somme et ipso facto, renforce l’Etat marocain dans le tour de table de l’opérateur historique, fort désormais de 9 filiales en Afrique !
In fine, ce rejet de l’OPA de Etisalat par le CDVM se présente comme une très bonne nouvelle à la fois pour les minoritaires, qui se retrouvent actionnaires d’une société renforcée à l’international d’où elle puise une grande part de ses bénéfices, mais aussi pour le marché boursier dont la première capitalisation boursière se consolide, et, enfin, pour l’Etat marocain qui garde une bonne participation au capital de Maroc Telecom et maintient Abdeslam Ahizoune et ses équipes à la tête du management, en application du principe qui veut qu’on ne change pas une équipe qui gagne…
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